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Brève histoire des langues régionales en France

Les langues régionales de France ont connu une histoire mouvementée à travers les siècles. C’est en effet l’histoire d’une domination linguistique souhaitée et mise en œuvre par le pouvoir central depuis plusieurs siècles, à savoir la progressive imposition du français comme seule langue légitime et unificatrice de la Nation.

On parle souvent de l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts, promulguée en 1539 par François Ier et imposant l’emploi du français dans tous les documents juridiques et administratifs, comme le point de départ d’une politique linguistique visant à mettre un terme à la diversité des parlers régionaux alors en vigueur. Bien plus récemment, au cours des XIXe et XXe siècles, l’école publique, laïque et obligatoire instaurée en 1882 en a été le vecteur principal. Parler "patois" était absolument interdit dans les écoles de la République sous peine de sanction, voire de punition, ce qui a provoqué une rupture de la transmission familiale des langues locales ainsi que leur dépréciation sociale. C’est à ce propos que Philippe Blanchet, spécialiste des langues minoritaires, introduit la notion de "glottophobie" pour désigner les discriminations fondées sur la manière de parler. En effet, au sein d’une société donnée, il arrive que certaines langues et même certains accents soient considérés comme étant inférieurs à une certaine norme linguistique : la vie des individus discriminés peut s’en trouver fortement impactée. Aussi, l’humiliation vécue par la jeunesse, qui a vu ses langues maternelles méprisées et dévalorisées à l’école et dans la société, a toujours des conséquences aujourd’hui : outre l’importante diminution du nombre de locuteurs, de nombreuses personnes d’un certain âge ont encore ce sentiment de gêne, voire de honte, à parler la langue régionale que la génération précédente continuait d’utiliser dans certaines circonstances.

Cependant, après la Seconde guerre mondiale, la prise de conscience du caractère vulnérable des langues régionales a peu à peu permis la reconnaissance officielle de la diversité et de la richesse de ce patrimoine linguistique, reconnaissance qui reste somme toute limitée encore de nos jours. Par exemple, la France n’a toujours pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires datant de 1992.

À l’heure actuelle, l’essentiel de la transmission des langues régionales est assuré par le monde associatif ainsi que par le système scolaire dans certains cas. Si cette transmission reste plus ou moins laborieuse en fonction des régions, on dénombre encore plusieurs millions de locuteurs régionaux en France. Il semblerait donc qu’il soit possible de redonner un souffle aux langues régionales, mais encore faut-il se mobiliser pleinement pour assurer leur revitalisation dans les décennies à venir !

De l’intérêt des langues régionales

Les langues régionales méritent d’être considérées, valorisées et pratiquées à plus d’un titre. En effet, comme toutes les autres langues du monde, elles sont constitutives du patrimoine culturel immatériel de l’humanité et véhiculent une vision du monde qui leur est propre, le plus souvent par tradition orale. Les langues régionales de France comme le breton, le créole, le corse, le provençal, l’auvergnat, l’alsacien… constituent un héritage vivant qui s’incarne de diverses manières : musiques et chansons, littérature, traditions populaires... C’est également le vecteur d’une sagesse populaire (contes, proverbes, dictons…) résultant de siècles d’interactions entre les hommes et leur environnement.

Ces interactions entre les populations et leur terroir transparaissent dans les toponymes, c’est-à-dire dans les noms de villages, de lieux-dits, de reliefs, de rivières, etc., que l’on trouve sur les cartes aussi bien anciennes (carte de Cassini, atlas de Trudaine, carte d’État-Major) que récentes (cartes IGN). Ces noms ont été donnés à une certaine époque par les habitants en fonction des caractéristiques des lieux et/ou du rapport qu’ils entretenaient avec ceux-ci. Bien que ce ne soit pas une science exacte, l’étude des noms de lieux (la toponymie) permet aux géographes et aux historiens de faire parler un territoire ou un paysage, ce en quoi la connaissance des langues régionales est une clé indispensable pour déchiffrer cette cartographie sensible. Ainsi, il leur est parfois possible de découvrir quels étaient les usages associés à un lieu donné, quel régime juridique s’y appliquait, quels événements ont été susceptibles de s’y dérouler, autant d’indications qui permettent d’analyser plus en finesse le fonctionnement des sociétés humaines qui nous ont précédés.

Les apports des langues régionales sont donc culturels, mais aussi linguistiques et intellectuels. Apprendre et pratiquer une langue régionale est tout à fait compatible avec le français. Le bilinguisme est un enrichissement mutuel qui conforte la maîtrise des deux langues et favorise l’apprentissage d’autres langues, étrangères notamment.

Enfin, pratiquer une langue régionale c’est aussi un moyen de renforcer le lien intergénérationnel, comme par exemple entre petits-enfants et grands-parents. D’ailleurs, la plupart des personnes d’un certain âge, qui sont aussi celles possédant le parler le plus authentique, sont souvent très heureuses de pouvoir partager leur vécu et de renouer avec une langue qui leur est chère !

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